| Bergeron, Louis |
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ActivitésMois de la poésie 2011 BioUn jour mon père m’a dit, à minuit : « Voici le ciel et ses étoiles et n’essaie pas de comprendre ce qu’elles font là ». Assez pour déstabiliser toute ma vie hantée par l’affolante pensée que notre Terre perde subitement son pouvoir d’attraction et que les êtres humains tombent infiniment dans le vide interstellaire. J’ai vu quelques psychiatres, roulant en Cadillac, étonnés par la nature de mon mal. C’est enfin un psychologue charlatan tenant boutique dans un marché aux puces qui m’a suggéré d’écrire de la poésie. C’est ainsi que je m’en suis partiellement sorti. Au début de mon aventure poétique, je n’arrivais pas à utiliser ni le i, ni le j, à cause de leur point qui me faisait trop penser à ces milliards de points lumineux qui criblent la nuit, objets de mon déséquilibre. Enfin et fort heureusement, lorsque j’ai pu contrôler cette peur, j’ai réussi à lancer dans la mêlée deux recueils strictement poétiques : « Fin d’end » Éditions Parti pris, Collection Paroles no 36, Montréal, 1975 et aussi « Cabanes du désir » Lanctôt éditeur, Collection J’aime la poésie no 17, Montréal 2004. Extraitcent chambres sont couchées les unes à la suite des autres derrière l'entrepôt de réparation des moteurs d'avion le vacarme est infernal les hommes en sueur attachent les moteurs rebelles sur des socles de fonte vissés au plancher on les démarre à petite vitesse mais déjà les pales des hélices se font invisibles et dès lors les hommes les battent à coups de masse et de barre de fer les piquent avec des tiges dans leurs zones de vulnéra- bilité jusqu'à ce que l'huile fuse que les pistons s'emballent et que toute la machine sacrifiée rende l'âme dans un assourdissant déchirement de métal comment dormir quand de l'autre côté de sa nuit on martyrise les avions en transper- çant leur cœur
Cabanes du désir, Lanctôt Éditeur, 2004 |